Sans vouloir entrer dans les détails du drame à Warwick – ayant provoqué la mort de Jocelyn Marcoux et ses enfants Lindsey et Karen –, la directrice de Violence Info, Nathalie Igonène souligne que la mère de famille, résidant en banlieue de Québec, «devra faire preuve d’un courage extrême pour traverser cette épreuve».
Selon Mme Igonène, ce genre de drame constitue une prise de pouvoir ultime sur l’autre, et non une perte de contrôle. Comme une araignée qui tisse lentement mais sûrement sa toile et garde sa proie prisonnière au milieu des fils collants de la toile, ainsi en est-il de l’agresseur.
«L’agresseur sait comment prendre le contrôle et augmenter son emprise sur la personne, peu importe le type de violence. La victime doit demander de l’aide et la première chose à faire est de la croire, parce que tout se passe à l’intérieur, dans le cadre de l’intimité, donc personne n’en est témoin. L’agresseur est souvent perçu comme quelqu’un d’ordinaire, sans histoire», explique-t-elle.
La directrice de Violence Info poursuit en soulignant que toute situation de violence dans un couple représente une problématique complexe qui s’observe avec des éléments concrets. «Quand on est capable d’identifier le cycle de la violence, il faut intervenir», insiste-t-elle.
Comité d’experts
À l’automne 2011, un Comité d’experts regroupant une dizaine de professionnels en homicide et intervention de crise a été formé, à la demande du ministre de la Santé Yves Bolduc. Ce comité ministériel sur les homicides intrafamiliaux – ayant comme président le chercheur Gilles Tremblay – devait en principe déposer un rapport au printemps 2012, qui sera finalement remis cet automne.
«Les experts se pencheront sur l’état de la situation, même à l’international. Ils proposeront des pistes de solutions concrètes pour prévenir les crimes», résume Mme Igonène.
«L’agresseur sait comment prendre le contrôle et augmenter son emprise sur la personne. Quand on peut identifier le cycle de la violence, il faut intervenir» - Nathalie Igonène, directrice de Violence Info
Manque de ressources
Soulignons que les ressources existantes aident à atténuer les conséquences de la violence conjugale chez les victimes, mais ne peuvent à elles seules prévenir ces drames.
Nathalie Igonène observe un manque de ressources humaines pour pouvoir mettre en place le service de Violence Info le soir. «Ça fait une dizaine d’années qu’on est saturés, qu’il n’y a pas de nouvel argent pour développer des services, comme l’embauche d’une intervenante à temps partiel pour assurer un service le soir», souligne-t-elle. Pour l’instant, trois intervenantes à temps plein sont à l’œuvre le jour, en semaine.
Nathalie Igonène reconnaît que les services sont plus vastes pour les femmes que les hommes en détresse ou les agresseurs. «Mais ça fait plus de 30 ans qu’on fait des représentations pour avoir toutes sortes de services. Les hommes s’organisent de plus en plus, mais devront probablement passer par le même chemin qu’on a emprunté», croit-elle.
Rappelons que l’Agence de la santé et des services sociaux de Capitale-Nationale soutient chaque année Violence Info à hauteur de 180 000$ et Centraide Québec jusqu’à 17 000$.
Groupe Québec Hebdo.
Information: Violence Info au 418 667-8770
La violence conjugale au Québec en 2009
La majorité (90%) des victimes sont des femmes
18 180 infractions contre la personne en contexte conjugal
Augmentation de 4% des infractions
45% des victimes sont des conjointes
41% sont des ex-conjointes
(Source: Violence Info)

