Difficile d’imaginer ce qui serait advenu du lac Saint-Charles sans la présence de l’APEL. Un lac pour lequel le problème de la dénaturalisation était déjà connu au début des années 1980. C’est d’ailleurs une des raisons qui a mené une dizaine de personnes à fonder l’association il y a 30 ans.
Sans être défaitiste, la directrice générale actuelle, Mélanie Deslongchamps, demeure réaliste. «On fait des avancées, mais on est loin des objectifs. Entre la perception du "on est vert" et la réalité, il y a un écart», croit-elle en parlant des Québécois en général.
Car après toutes ces années, les enjeux demeurent sensiblement les mêmes. On parle encore de renaturalisation des berges et d’étalement urbain, des thèmes déjà populaires au début des années 1980.
Et le défi de la sensibilisation demeure grand. Sensibilisation des citoyens, mais aussi des élus. Car autant les résidents riverains partent et viennent, autant les élus changent au gré des élections. Il faut ainsi, chaque fois, «s’assurer que le message est compris», indique Mme Deslongchamps. «Le défi, c’est d’avoir l’écoute des politiciens.»
Certains ont cette écoute, comme le président de l’arrondissement de la Haute-Saint-Charles, Steeve Verret, qui semble pencher vers une solution suggérée par l’APEL, en ce qui a trait à la fermeture de fossés à Lac-Saint-Charles. Une solution impliquant des conduites d’égouts pluviaux perméables, jugée plus écologique.
La santé d’un lac passe entre autres par le maintient à l’état naturel de ses berges, qui agissent un peu comme un filtre. À l’inverse, une bordure de lac gazonnée filtre moins l’eau du lac et permet mieux au phosphore de s’y déverser, ce qui contribue à la prolifération des cyanobactéries.
Bien qu’on pourrait s’attendre que les riverains soient les premiers à vouloir un lac en santé, une minorité désire toujours faire invalider un règlement municipal obligeant ceux-ci à garder une bande naturelle d’arbres et d’arbustes de 10 à 15 mètres de profondeur, sur toute la circonférence du lac Saint-Charles. En effet, 75 des 260 résidents riverains poursuivent la Ville de Québec en ce sens.
Pour les années à venir, l’APEL tentera d’avoir le statut officiel de protecteur de la prise d’eau, de la part de la Communauté urbaine de Québec. De cette façon, les normes entourant les nouvelles infrastructures près de la prise d’eau pourraient être resserrées.

