Démolition de l’une des « plus vieilles maisons » du boulevard de l’Ormière


Publié le 8 mai 2017

Les pelles on abattu la maison du boulevard de l'Ormière le 8 mai.

©Photo gracieuseté – Louis Pelletier

MUNICIPAL. L’une des « plus vieilles maisons » du secteur de l’Ormière est passée sous le pic des démolisseurs lundi.

Photo gracieuseté – Louis Pelletier

Les arbres sur la propriété ont été coupés plus tôt dans la journée et les pelles ont abattu le bâtiment en après-midi, rapporte l’un des membres de la Société d’histoire de la Haute-Saint-Charles, Louis Pelletier, qui s’est rendu sur place. Avec la vente récente du bâtiment, son organisation se doutait qu’une démolition était imminente. Louis Pelletier raconte avoir capté l’information lundi matin sur les médias sociaux.

S’il s’y intéresse, c’est que la propriété située près du restaurant McDonald’s présentait une valeur patrimoniale « supérieure », tel qu’inscrit dans la section « patrimoine » du site Internet de la Ville de Québec. Bien qu’elle ait subi des modifications au fil du temps, il s’agissait de l’une des « plus vieilles maisons du secteur » bâtie entre 1840 et 1880 et d'un témoin « du passé agricole du quartier », lit-on.

La maison patrimoniale détruite lundi était inhabitée depuis de nombreuses années.

©Photo tirée de Facebook/Louis Pelletier

« Déplorable »

M. Pelletier ne cache pas un certain pincement au cœur face à la démolition et se questionne sur la valeur du classement fait par la Ville. « C’est un exemple de mauvaise gestion du patrimoine et un manque des instances municipales pour faire la maximisation de la sauvegarde », juge-t-il. « Est-ce que la ville a fait tous les efforts possibles pour essayer de s’assurer que le promoteur l’intègre ou la déplace? »

Le président de la Société d'histoire, Mario Lussier, juge que non. « Quelqu’un aurait pu aller habiter dedans demain si on l’avait chauffée, si on avait empêché des jeunes d’aller jouer dedans, si on en avait pris soin. Mais on a décidé de jeter aux poubelles et d'en bâtir une nouvelle. » 

La ville de Québec parle selon lui des deux côtés de la bouche avec un inventaire de bâtiments patrimoniaux truffé de maisons démolies. Pourtant, « la ville de Québec pourrait ne pas donner de permis de démolition pour ces maisons-là et pourrait s'assurer que les propriétaires ne les laissent pas à l'abandon pour ensuite se retourner et dire qu’elle est en mauvais état », dénonce-t-il. Cette nouvelle démolition vient selon lui « saccager le paysage » de l'artère de l'Ormière, trois fois centenaire. « C’est déplorable, on va le dénoncer à chaque fois que ça va arriver. »

« Passablement dégradée »

Avant qu’on boucle le projet de 66 unités de logement qui sera aménagé sur site, la Ville a examiné l’option de la préserver, indique le président de l’arrondissement de la Haute-Saint-Charles, Raymond Dion. Sa valeur patrimoniale n’a en revanche pas été retenue, résume le conseiller du secteur Loretteville – Les Châtels. Son état de détérioration a notamment pesé dans la balance. La maison était inhabitée depuis déjà quelques années, si bien que des squatteurs y avaient élu domicile au fil du temps. 

Plus en détail, « la plupart des revêtements extérieurs et composantes de la maison patrimoniale étaient soit très détériorés ou ont subi des modifications incompatibles avec ses caractéristiques patrimoniales d’origine », rapporte la conseillère en communications Carine Loranger. Déjà au moment de son évaluation patrimoniale en 2004, « elle avait perdu une grande partie de ses caractéristiques et son état d’authenticité était discutable. Depuis 13 ans, elle s’était passablement dégradée », conclut-elle.

Se disant sensible au patrimoine, le conseiller Dion soutient qu’on ne peut toutefois pas « sauver » toutes les maisons. Celles qui présentent encore un bon nombre de caractéristiques historiques bien conservées méritent en revanche qu’on s’y attarde, insiste-t-il. À ce chapitre, Raymond Dion compte sur la volonté d’étendre le programme d’intervention au-delà du Vieux-Québec et du Vieux-Beauport pour « permettre d’intervenir pour financer certaines belles maisons qui ont gardé des caractéristiques d’origine et qui ont beaucoup d’authenticité. Je pense que c’est ça qui est important d’aider celles-là. »

TC Media